| Vagabondages - Grèce 1990 |
Vagabondages - Grèce 1990 (du 2 juillet au 2 Août)
Morceaux Choisis du récit de l'expé
RETOUR AUX ZAGORIA Jeudi 5 Juillet (Mickey) Nous voilà de retour à Kazarma dans les montagnes des Tymfis. Le jour est à peine levé. Notre petit campement dort encore au fond du vallon de Kazarma. La journée d'hier a été longue, rude et pleine d'émotions. Je monte vers la crète revoir les Gamila au lever du jour. J'attends ce moment depuis trois ans. Un vent frais, presque froid m'enveloppe quand je passe la crète à cet endroit où le panorama est le plus vaste. Je n'ai pas oublié le passage. Sous moi, à la verticale, le Mega Laxxos est encore dans les dernières ombres de la nuit. Au loin, les Gamila s'enflamment au soleil levant. Devant elles, l'immensité des tables et vallons qui descendent vers Kazarma baigne dans une lumière violette où flotte une brume légère. Dans quelques minutes, dès que le soleil sera là, elle disparaîtra. Dans une heure ce sera à nouveau la fournaise. Retour au bivouac: le vent fait des vagues dans les hautes herbes du vallon et l'ombre protège encore les dormeurs dans leurs tentes. Quand le soleil les atteindra, la chaleur les tirera de la nuit et la première journée de notre séjour aux Zagoria commencera. Elle sera consacrée à l'installation du campement, à l'approvisionnement en eau (7 kms de piste et 4 de route jusqu'au village de Tsépélovo) et à arranger encore la piste par endroits. Pourtant, en fin d'après-midi, après un débat sur la disparition des dinosaures (!) et une découverte de Bruno : "tu t'imagines, Véro, on est mariés...", il restera une paire d'heures pour aller repérer le départ d'un canyon vu de loin il y a trois ans.
Pensée du jour dédiée à Véro et Bubu : "Le mariage est une merveilleuse institution qui permet à deux êtres de supporter ensemble les difficultés qu'ils n'auraient jamais eu s'ils ne s'étaient pas mariés"
Vendredi 6 Juillet (Evelyne) Après une nuit fraîche, c'est qu'il ferait presque froid cette année, nous nous préparons pour affronter notre premier canyon, celui repéré la veille et qui n'a pas l'air bien méchant. En fait nous ne serons que quatre, car Papa (Mickey) et Bubu sont partis équiper la Glacière qui s'appelle aussi Tripa Ulysse. Quelques heures et cinq ressauts plus tard, un marteau perdu et une grande frayeur à cause d'une vipère dérangée, nous sommes déjà à la sortie du canyon. C'est court mais très beau. Sous les yeux indulgents des trois nanas, Denis équipe le dernier ressaut de 10m en spitant avec un caillou... Elle commence bien l'expé du GSHP ! Ensuite, Il suffit de suivre la vallée jusqu'au village de Tsépélovo où les deux autres doivent nous attendre avec les voitures. La vallée n'est pas bien large et il n'y a qu'un sentier. Pourtant, quand on arrive au village, ils commencent à remonter le canyon à notre rencontre... Tout faux!... On a du se croiser dans le dédale des ruelles du village. Premier rendez-vous foireux du séjour. Mais on s'en tire avec quelques heures perdues et une grosse fringale qui fait croire à la Mamma (Marie Claude) que je suis malade avec la fièvre et tout. De retour au campement, on se précipite sur la bouffe et ... la douche. Cette année c'est vraiment le grand confort avec ces bidons - douche qu’on laisse chauffer au soleil. Marie Claude, elle, rêve d'une maison à Tsépélovo. Notre palace de Kazarma aux long couloirs herbeux ne lui suffit plus.... Pendant ce temps et avec la complicité de Mickey, Denis prépare une spécialité qui mérite de figurer dans les annales de la cuisine d'épouvante. Cette préparation, connue sous le nom trompeur de “potée de Kazarma”, vous fait d’abord transpirer à grosses gouttes avant de vous plonger dans un état d'hébétement puis vous nettoie l'estomac et tout ce qui s'en suit. Eviter de servir dans des gamelles en alu, elles ne résistent pas. Denis est la première victime de sa recette. Après une bonne suée, il a très froid et le délire le prend. On le retrouvera en pleine nuit, à quatre pattes au milieu de la prairie la recherche de ses lunettes de soleil qui sont bien au chaud dans sa tente.
Recette de la Potée de Kazarma (celle qui débouche les lavabos): Dans une poêle, faire cuire tomates, poivrons, piments (beaucoup de piments) et oignons jusqu'à évaporation de presque tout le jus. Dans une autre gamelle faire frire un bon gros chorizo de chez nous bien épicé. Mélanger le contenu des deux gamelles et laisser encore cuire ensemble quelques minutes. Servir chaud. Bon appétit et courage.
(Mickey) Pendant que Denis et ses groupies descendent vers le canyon, on file à la Glacière. En 87, on savait déjà qu'on avait eu des prédécesseurs. Depuis quelques mois, on sait qu'ils étaient anglais et australiens et avaient nommé la grotte Ulysse Pot. Pour nous ça sera Tripa Ulysse pour rester "local". De toutes façon, glacière est mal venu cette année. L'entrée qui nous servira de frigo n'est plus occupée que par une petite plaque de glace. Le grand névé a disparu. On retrouve encore un peu de glace vers -30 mais pas les belles colonnes qu'on connaissait. L'équipement du trou n'est qu'une formalité et il est toujours aussi beau. Il plaît à Bubu qui y prévoit déjà une séance photo. Moi, ce qui me plaît moins, c'est le courant d'air ou plutôt l'absence de courant d'air. On équipe jusqu'à -120. C'est là qu'on avait perdu le courant d'air il y a trois ans. On reviendra à la chasse un jour où il y en aura davantage.
Samedi 7 Juillet (Evelyne) Je suis de mauvaise humeur ce matin. Réveil difficile, rhume et la mama qui me secoue pour me tirer du coma. En arrivant au coin cuisine, j'apprends que le berger qu'on avait connu en 87 est passé nous voir. D'ailleurs son gros chien blanc est en train de bouffer mon p'tit déj. Ca n'arrange pas mon humeur. Il ne me reste plus qu'à aller chercher autre chose à la Glacière. Il devait me rester encore un brin de sommeil dans les yeux parce que la dalle en travers, juste en haut du premier puits, je l'ai pas vu, et je me suis pris un de ces pets au casque... J'ai crié. Bubu et Denis sont arrivés. Ils me cajolent Refaites moi ça plus tard parce que là, j'ai trop mal au crâne. J'irai plus à la Glacière le matin. La suite de la journée sera moins mouvementée. On redécouvre le village de Tsépélovo, ses maisons en pierre, ses rues dallées, la place ombragée par un immense platane, et ses habitants mâles attablés aux terrasses des bistros. On découvre aussi l'épicerie d'Alexis Gouris, véritable souk où s'entasse dans une petite pièce presque tout ce dont nous avons besoin. Et ce qu'il n'a pas, “No problem”, il va se le procurer. En attendant, on s'installe à sa terrasse pour boire un coup parce que lui aussi fait bistro. On discute, il parle quelques mots de français et un peu plus d’anglais. On lui raconte pourquoi on est là. Il disparaît et revient bientôt avec un épais dossier de topographies de trous que lui ont laissé d'autres spéléos. Moi j'ai cru que les grecs comptaient en pieds mais les spécialistes se sont foutus de moi : "Eh, reine des pommes, les spéléos ils étaient anglais". “Ah oui, et alors ?...” Les heures passent agréablement et on décide d'aller visiter le village de Monodendron et son monastère. Là, le père qui piaffait depuis un moment, nous pique une crise d'identité. "Mais qu'est-ce qu'on est venu foutre ici ?...". Cool, old man, on a encore un mois à tirer.
Il faudra l'arrivée de Richard à Kazarma le soir pour le décolérer un peu. Un Richard qui vient de se taper 2500 bornes non-stop depuis la Savoie à travers l'Italie et une Yougoslavie à la dérive. Mickey revit. Il va pouvoir enfin envisager des choses sérieuses, de grandes découvertes. Moi, je file à la douche. Chacun son truc.
ACTION.....
Dimanche 8 Juillet (Marie Claude) Lever aux aurores. Les choses sérieuses commencent. On arrive à quitter le campement à 10h 30. Direction le Kriara Laxxos où, en 87, on avait trouvé un grand puits que les z’hommes n'avaient pas descendu. Denis et Bruno vont y descendre. Mickey jubile et nous expose son plan où il ne saurait être question de la moindre minute perdue. Prévision: on accompagne nos deux vaillants spéléologues, puisqu'ils ne savent pas où c'est et aussi pour leur porter un peu de matos. 3/4 d'heure aller, une heure retour, on casse une petite croûte et on file dans la Glacière pour faire la topo jusqu'au fond et traquer le courant d'air s'il y en a. Bref, on rentabilise un max. Réalisation: on accompagne Denis et Bruno au Kriarra mais c'est bien plus long que prévu. On casse la croûte à l'ombre près du trou (merci Richard pour avoir pensé à cette chose essentielle). On attend que les deux compères soient assez loin dans le puits avant de repartir. On remonte en prospectant ici et là. Véro, Evelyne et Mickey trouvent des trous et finalement quand on revient au campement il est déjà 17h. Goûters gigantesques, douches et pendant que certains s'attaquent à la préparation du repas du soir, les autres vont se faire un peu d'escalade. Evelyne rentre en râlant. Elle se sent lamentable. Elle n'a pas pu passer la "Voie du Porche" de la Glacière. C'est quand même un bon 6 et il faut de grandes jambes ou de bons bras pour faire le pas crucial.
(Denis) Nous voilà, le Bub et moi dans le KR1. Il a fallu débroussailler l'entrée mais dessous ça plonge loin. C'est du vierge et ça parpine. J'équipe au maximum avec des pitons et des ficellous. Quand il voit ça, le Bub devient vert. Enfin, on est verts tous les deux parce qu'on ne sait pas si les 200 m de corde suffiront pour atteindre le fond du puits. Le calcaire est hyper-dur et éclate dès qu'on spite quand on ne peut plus pitonner. On parle d'en mettre deux, trois à chaque fractio et même de remonter mais le gaz qui est au-dessous est plus fort. Au bout de 125 m de puits, j'arrive en bas. "ça a l'air de queuter, je vais voir...". Là, le Bub devient tout rouge. Ah non, il veut pas déséquiper. Mais alors, pas du tout. T'inquiètes pas Bub, je sens un super courant d'air me glisser dessus. Je ne m |